







Raphaël GUILBAUD présente son rapport à la musique, et sa rencontre avec Aura, son instrument.
On est en mars 2025. Cela fait six mois que je découvre le cello, et presque autant de temps que j’en cherche un à acheter. J’ai essayé presque tous les instruments de la rue de Rome et aussi ceux de quelques particuliers, entre vingt et trente au total.
Ce jour-là, je vais au Salon du violon, à la Bellevilloise, pour rencontrer un luthier qui a en réparation un instrument qui m’intéresse. Alors j’en profite. Je les essaie tous. Je forme mon oreille, je discute avec les luthiers, j’apprends. Il faut dire que le violoncelle n’est pas, à la base, mon instrument de prédilection. Et pourtant, c’est un coup de foudre.
Pour le son. Pour ce qu’il a de sublime, de magnifique, de presque divin. Comment dire cela autrement ?
J’ai commencé le piano à 8 ans. J’ai balbutié, pratiqué sans conviction. La révélation est venue plus tard, vers 16 ans. Après une rencontre dans une colonie d’été, j’ai voulu me mettre à la batterie. Mon frère m’a dit : « ça fait trop de bruit la batterie ! Fais plutôt de la guitare ! »
J’ai donc récupéré sa guitare classique et j’ai commencé comme ça. Je jouais tout le temps, tout ce que j’entendais, à la feuille comme on dit : Pink Floyd, Jimi Hendrix, Dire Straits, du blues, du rock, du reggae, chanter du Brassens… Et très vite, j’ai composé aussi !
Après deux ans de cours avec un professeur particulier, je progresse vite, en parallèle de mes études : terminale S, classe prépa, école d’ingénieur. C’est important aussi !
Aux Arts à Lille, je joue avec DRAZEL, notre petit groupe d’étudiants, et la musique prend une place de plus en plus grande dans ma vie.
Alors, après mon école d’ingé, j’entre au MAI à Nancy, une école pour musiciens professionnels. Et là, j’apprends vraiment. Je bouffe de la musique et joue jusqu’à en avoir les doigts en sang.
L’idée d’être musicien professionnel m’a toujours habité. Mais je suis aussi un vrai ingénieur, avec ce besoin constant d’apprendre, de comprendre, d’aller au bout des choses. Alors la musique est devenue ma passion, mon à-côté, ma respiration.
J’ai passé quinze ans dans le Blue Rose Big Band de Fontenay-aux-Roses, comme guitariste, chanteur, et un peu bassiste aussi.
En 2020, j’ai commencé à enregistrer un album très personnel de dix-sept titres, dans lequel je joue tous les instruments, je chante et j’écris les textes. J’adore les orchestrations à cordes, c’est probablement pour cela que le violoncelle m’attire tant, d’ailleurs. L’album est toujours en cours, mais il touche à sa fin.En 2024, j’achète un violoncelle NS Design d’occase. Sans archet au début, je travaille les gammes et les arpèges en pizz. Je ne connais rien à ce nouvel instrument, mais je l’aborde comme un musicien. Au bout d’un mois, j’achète un archet, et là, je découvre vraiment le son. Je bosse le prélude de Bach de la première suite, je l’apprends en deux semaines et je le joue, par cœur, pour le double anniversaire des 80 ans de mes parents ! Trop fier !
Et puis la suite se fait naturellement. Quelques mois plus tard, je découvre le vrai violoncelle, alors que je commence à prendre quelques cours. Et là, je comprends une nouvelle dimension du son, sa profondeur, comme la prolongation d’un silence, une pure présence.
La spiritualité est un élément essentiel dans ma vie. Elle est la vibration de mon Âme. Avec un violoncelle, je touche cela, et je reviens à un temps où la musique était sacrée, réservée aux érudits. Aujourd’hui, malheureusement, elle s’appauvrit de plus en plus et les IA voraces pourraient finir par dévorer tout ce qu’il reste de beau en nous si on ne donne pas de cadre. Plus vite, toujours plus vite.
Mais revenons au Salon du violon ! Et la chute, vous vous en doutez…
Yann avait deux instruments. Tous deux portaient une identité sonore qui révélait la même main.
L’un d’eux m’a marqué immédiatement. J’ai eu un coup de cœur presque instantané, un « match » comme dit Yann. Au bout de quelques notes, j’ai senti que c’était le mien.
Le son était plein, chantant, et surtout très équilibré. Pour le look, Yann ne cherche pas à copier le style vintage, qui prolifère autant avec les cellos qu’avec des guitares d’ailleurs. Il a une identité visuelle subtile et élégante. Une sobriété qui démontre, à mes yeux, une très grande attention aux détails, car on ne voit que la face visible de l’iceberg, alors qu’en dessous se cache le travail long et minutieux d’une main experte.
Rien de démonstratif chez Yann. Ce sont de petites variations de texture à la surface du bois, des touches de vernis très légères, très pures. C’est l’instrument qui parle de lui-même ! Et l’instrumentiste bien sûr !
Alors j’ai découvert mon instrument, et je l’ai pour une vie. J’espère lui faire honneur, car c’est un honneur pour moi d’en être le futur passeur. Il jouera tous les styles, classique, rock, blues, jazz, latin, et tout ce que la vie voudra y déposer. Il représente un peu de la Lumière de mon Âme. C’est pourquoi je l’ai appelé « Aura »
Raphaël Guilbaud joue sur un violoncelle fabriqué par Yann Besson.

